Genèse 2, 18-20 et Hébreux 2, 9-13 – quelle fraternité ?

Dimanche 4 Octobre 2015, par le Pasteur Béatrice Hollard-Beau, à l’occasion du baptème de Castille Pelon.

 

Amis frères et sœurs, qu’est-ce que la fraternité ?

Nous en parlons beaucoup aujourd’hui, autour de quantité de questions d’actualité où la responsabilité et la solidarité entre personnes et peuples est en jeu.

La fraternité, vous le savez, est un mot très présent dans la culture française. Il apparaît pour la première fois en 1848 dans le préambule de la constitution française : « la République française a pour principe : la liberté, l’égalité et la fraternité. » La fraternité fonde aussi le droit social dans la même constitution : « la République doit, par une assistance fraternelle, assurer l’existence des citoyens nécessiteux ».

Mais surtout, la notion de fraternité est citée dans le premier article de la déclaration universelle des droits de l’homme (article 1er) : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

Alors, nous voyons que la fraternité est au centre de l’esprit français, et cependant on peut se demander, si cette fraternité vécue dans la vie courante est considérée par nous avec suffisamment de profondeur, comme l’insinuait l’historienne Valentine Zuber dans son intervention du cycle des 150 ans. Elle déplorait que, tant la fraternité que la liberté n’étaient pas suffisamment – pour nous chrétiens – interrogée selon son fondement dans la vie chrétienne.

Alors aujourd’hui, notre texte issu de l’épitre aux hébreux parle justement de fraternité en son fondement. Un des versets évoque « ces êtres humains pour lesquels Jésus est mort, qu’il n’a pas honte d’ appeler ‘frères’ ». N’est-ce pas alors le moment de voir ce fondement de fraternité en Christ, que Jésus fonde en se donnant sur la Croix et en ressuscitant pour la vie de tous. Ce sera un 1er axe de notre méditation.

Et puis nous verrons comment le baptême en Christ atteste de cette fraternité. Et puis, fort de ces fondements, trois points sur lesquels il faut être vigilant dans la vie de chaque jour.

 

Alors d’abord, quel fondement de la fraternité Jésus fonde-t-il en mourant sur la Croix et en ressuscitant pour tous ? (selon notre texte de l’épitre aux Hébreux.)

Nous avons entendu ces mots : « Nous voyons maintenant Christ couronné de gloire et d’honneur, à cause de la mort qu’il a soufferte. En effet, il convenait que Dieu élève Jésus à la perfection au travers de la souffrance… »

Ces versets pourraient nous laisser croire que l’honneur et la « perfection » du Christ se situe dans la mort et dans la souffrance, pour le salut de tous.

Si le fondement de la foi n’était que cela, je ne serais pas pasteur.

Autre est de penser que ces mêmes versets définissent la FRATERNITE du Christ :

Christ en faveur de tous les humains a voulu prendre la condition extrême de l’homme, jusqu’à souffrir sa mort, les souffrances, les insultes pour notre SALUT.

La perfection est la PERFECTION de FRATERNITE pour notre salut : avoir voulu souffrir la CROIX, la mort en frère, pour souffrir la même vie que l’homme jusqu’au bout, pour tous, afin d’être le frère accompli pour tous, frère de mort et de vie.

On ne peut comprendre la fraternité qu’en pensant en premier que Christ est notre frère, dans la CROIX.

Mais aussi, on ne peut la comprendre cette fraternité que si l’on voit comment elle s’accomplit dans sa RESURRECTION pour notre salut.

De sa mort transfigurée en vie, sa fraternité va jusqu’à nous donner chaque jour sa

GRACE DIVINE, perles divines transfigurées sur nos souffrances, alors qu’on est pécheur.

Il divinise chaque jour notre pauvre état d’humain, il nous sanctifie par SA GRACE. Là nous étions morts : il nous rend frères de Dieu en étant fils de Dieu.

Chaque jour nous devons trouver comment nous sommes vivants.

Cette DOUBLE FRATERNITE de Christ envers nous, dans la Croix et la Résurrection nous est attestée dans un geste qui scelle et sacralise ce don fraternel pour notre SALUT : c’est le baptême (comme celui de Castille aujourd’hui !)

Par le baptême (de baptizein : plonger) le baptisé est plongé dans l’eau de la CROIX, de la mort et ressort revêtu de la vie de RESURRECTION de Christ.

LA VIE DE Christ s’INCORPORE à nous (dit Calvin) et nous donner la vie éternelle. Nous en sortons hommes nouveaux, frères libres, délivrés du péché de nous sentir loin de Dieu, et alors rapprochés de Dieu. C’est le signe de sa fraternité.

Mais aussi, de même que Jésus Christ, comme un serviteur, est descendu dans le Jourdain et a été baptisé en solidarité avec les pécheurs afin d’accomplir toute justice, le baptême, SIGNE de la fraternité, scelle aussi la fraternité entre les hommes.

Un Seul est saint Christ, tous les autres nous sommes des pêcheurs, qui nous purifions, les sanctifiés ont le même Père Dieu, dit le texte. La voilà, la fraternité en Christ ! Cette égalité dans l’humilité… Cette communion…

De même qu’il y a un seul baptême qui nous unit au Christ dans la foi, lieu fondamental d’unité et de fraternité (grand signe d’œcuménisme) : Nous sommes un seul peuple de frères en Christ et nous sommes appelés à servir un seul Seigneur.

 

Alors, qu’est-ce que cette fraternité en Christ nous amène dans la vie concrète ? Trois choses.

1 – D’abord plutôt que de nous demander en premier de qui nous sommes frères, ou nous ne sommes pas frères, il me semble que nous devons toujours être rappelés à l’idée de qui est notre frère. Qui nous prend en fraternité, nous rend libres et proches de Dieu pour notre salut, alors que nous sommes pécheurs.

Alors, oui, nous devons à ce moment-là être rappelés à la solidarité d’existence, dans cette unité devant la Croix que nous formons. Seul Christ est d’un côté, ensemble nous sommes de l’autre et il y a une solidarité à avoir, mais aussi, nous devons être solidaires de l’état de pécheurs que nous partageons avec des autres.

Lorsqu’à nos yeux, quelqu’un ne se comporte pas selon ce qu’on qualifie comme bien, on devrait se dire : il est pécheur comme moi, pauvre humanité. Seigneur aide-nous.

Nous ne sommes ni au-dessus des autres, ni au-dessous des autres. Ceci devrait éliminer beaucoup de culpabilité et de manque de confiance en soi (le baptême le dit).

2 – Et puis, puisque le fraternel se situe aussi dans l’Eternel de la Résurrection quand on parle de fraternité, il y a alors une fraternité PROPHETIQUE à trouver : le Christ en l’autre. La fraternité est toujours au-delà du réel difficile. Même si la relation n’est pas bonne, il faut tendre vers le bon, revenir à la charge. La fraternité est plus que la fraternité. Elle est toujours le fruit de la grâce reçue. On peut même croire en la fraternité plus qu’en un frère. Elle est donnée par le frère Christ (grâce).

Par ailleurs il faudrait être frère avec soi-même aussi : c’est le courage d’être.

3 – Enfin, il y a encore une dernière chose : vous pouvez vous demander comment trouver cette fraternité prophétique ? Il me semble que c’est comme la foi, comme et la justice : il faut la demander à Dieu, lui demander dans la prière. Et la meilleure façon de la demander, c’est toujours en demandant PARDON à Dieu, pour notre manque de fraternité. C’est comme cela qu’on la reçoit. De même que la meilleure prière est celle qui demande pardon à Dieu, c’est là qu’on est Coram Deo. Qu’on est Créature de Dieu, dit Luther. Demander pardon est AUSSI la meilleure façon de revivre son baptême chaque jour, dit Luther. Un chrétien est à la fois juste et pécheur. Il doit être chaque jour pénitent.

Le Pape le dit aussi dans Laudate Si : la création comme les créatures se découvrent en fraternité en demandant pardon. (C’est la base de l’écologie intégrale). On pourrait dire que c’est le développement durable de la fraternité en Christ. L’autre est alors de nouveau notre frère. Renait la fraternité.

Je voudrais terminer en vous disant que je crois que la vraie FRATERNITE est une fraternité qui RENAIT (comme la Croix et la Résurrection). Quand la fraternité ne va pas bien, et qu’elle renait, elle est très solide (comme pour l’amour).

Le Nouveau Testament affirme que lorsque les pécheurs se tournent en Christ, dans cette conversion ; ils sont à l’instant même justifiés et sanctifiés. « Sa justice leur est imputée » (Rom. 4) (la vie).

Ainsi Jésus n’a pas honte de nous appeler frères, car comme le disent les versets finaux de l’Ancien Testament : tous annoncent alors le Père,

Amen