Une brève histoire du protestantisme

Histoire du protestantisme

D’après l’encyclopédie www.larousse.fr

Les 95 thèses de Luther

Lucas Cranach l’Ancien : Luther et ses collaborateurs

Le 31 octobre de chaque année, les Églises protestantes célèbrent la fête de la Réformation qui commémore la rédaction, en 1517, des 95 thèses contre la « vertu des indulgences » (indulgences censées permettre la remise de peine de certains péchés). Écrites par le moine Martin Luther (1483-1546), le premier réformateur, ces thèses, rapidement diffusées, ont passionné les milieux humanistes chrétiens, même s’il ne s’agissait à l’origine que d’une « dispute théologique » entre clercs (pratique courante au sein de l’Église catholique).

La véritable naissance du protestantisme intervient plutôt en 1520-1521 : après avoir vainement tenté d’obtenir de lui qu’il reconnaisse ses « erreurs », Rome somme Martin Luther, dans la bulle Exsurge Domine (15 juin 1520) de Léon X, de se rétracter ; puis, devant le refus du moine, le rebelle et ses partisans sont excommuniés (bulle Decet romanum pontificem, 3 janvier 1521). À la diète de Worms en avril 1521, Luther, se référant à sa « conscience captive de la Parole de Dieu », réclame « d’être convaincu par le témoignage de l’Écriture » et récuse « l’infaillibilité du pape et celle des conciles ». L’autorité de la Bible est donc invoquée comme supérieure à toute hiérarchie ecclésiastique, qu’elle se manifeste à travers un chef unique (le pape) ou une instance collégiale (le concile).

La seconde diète de Spire

En 1526, à la première diète de Spire, les partisans de Luther obtiennent une relative tolérance au sein du Saint Empire romain germanique. Mais elle leur est retirée trois ans plus tard à la seconde diète de Spire (avril 1529). Cinq princes et les représentants de quatorze villes libres élèvent alors une « protestation » contre les décisions prises : « Nous protestons devant Dieu, ainsi que devant tous les Hommes, que nous ne consentons ni n’adhérons au décret proposé dans toutes les choses qui sont contraires à Dieu, à sa sainte Parole, à notre bonne conscience, au salut de nos âmes. » Cette protestation solennelle est à l’origine du terme de « protestant ».

La multiplication de la protestation

Une partie de l’Allemagne et l’ensemble de la Scandinavie deviennent « luthériens ». Mais le luthéranisme – marqué autant par Luther que par son disciple Melanchthon – n’est qu’une des formes du protestantisme.

Ulrich Zwingli

Ulrich Zwingli

Dans la lignée de la protestation luthérienne, en 1524, Ulrich Zwingli (1484-1531) remplace à Zurich, en Suisse, la messe par un culte dominical centré sur la prédication et dont la liturgie est plus dépouillée que dans le protestantisme luthérien (zwinglianisme).

Jean Calvin

Jean Calvin

En 1536, le protestantisme prend un souffle nouveau avec le passage à la Réforme de la ville de Genève, où va s’exercer le ministère de Jean Calvin (1509-1564), un Français en exil. Sous cette forme (calvinisme), la religion protestante progresse notamment en Suisse romande, en France et aux Pays-Bas. Les confessions de foi helvétique postérieure et écossaise (1560), celles de La Rochelle (1571) et de Westminster (1646), etc., se rattachent à la théologie de Calvin.

Assemblée des quakers à Londres

D’autres courants plus radicaux se font jour, tels celui des anabaptistes (en Suisse et en Hollande) qui réservent le baptême aux seuls adultes, ou plus tard celui des quakers en Angleterre.

Enfin, les 39 articles qui définissent la foi de l’Église d’Angleterre sont également largement d’inspiration calviniste. Mais l’anglicanisme – qui donnera naissance aux États-Unis d’Amérique à l’Église épiscopalienne – représente un protestantisme tempéré qui n’a modifié que partiellement (et plus ou moins suivant les tendances) le cadre ecclésiastique issu du catholicisme. C’est de l’anglicanisme que sont issus les puritains, dont les Pères Pèlerins, en 1620, traversent l’Atlantique à bord du Mayflower pour fonder, en Amérique, la colonie de Plymouth.

Les missions protestantes

À partir du XIXe s., le protestantisme devient véritablement une religion mondiale, grâce à l’action de ses missions. En Afrique et en Océanie, des populations entières se convertissent. Ainsi, au Lesotho (Afrique du Sud), à Madagascar, à Tahiti, en Nouvelle-Calédonie, dans les anciens territoires allemands du Cameroun et du Togo, etc., des Églises sont constituées, issues de la mission protestante française.

L’œuvre des missions protestantes comporte une dimension éducative (école et traduction de la Bible en langue vernaculaire, faisant souvent accéder cette langue à l’écrit), médicale (symbolisée, par exemple, par le nom d’Albert Schweitzer), socio-économique (développement de l’exportation des matières premières pour combattre le commerce des esclaves). Cependant, le travail missionnaire a aussi été contesté, pendant la seconde moitié du xxe s., car il a été en partie lié à la colonisation.

 

Les Églises protestantes

Une pluralité d’Églises

Le protestantisme se caractérise donc par une pluralité d’Églises, historiquement et principalement représenté par le luthéranisme (Églises luthériennes) et le calvinisme (Églises réformées, dites presbytériennes dans les pays anglo-saxon). À leur suite, d’autres groupes sont apparus, formant notamment les Églises congrégationalistes, piétistes, méthodistes, baptistes, libérales ou évangélistes. L’anglicanisme (Église anglicane), quant à lui, représente une sorte de charnière entre protestantisme et catholicisme ; il est également traversé par des divers courants.

Des principes communs

Ces différentes Églises protestantes n’ont pas forcément le même mode d’organisation, ni des références théologiques (symbolisées par des « confessions de foi ») tout à fait identiques. Mais trois affirmations fondamentales rassemblent cependant tous les protestants, inscrites derrière le principe primordial : Soli Deo gloria (« À Dieu seul la Gloire »).

  1. Sola gratia (« la Grâce seule ») : il s’agit de la force du témoignage intérieur du Saint-Esprit, par lequel le croyant saisit la parole de Dieu exprimée dans le message de Jésus de Nazareth, retranscrit dans les livres saints.
  2. Sola fide (« la Foi seule ») : les œuvres bonnes de l’homme se sont pas la cause du salut, mais sa conséquence ; c’est le salut par la foi.
  3. Sola scriptura (« l’Écriture seule ») : la Bible est la seule autorité pour le fidèle ; ainsi, tout ce qui n’est que tradition humaine, telle l’Église, est écarté de la foi protestante.

Le dialogue œcuménique

Synodicum in Galla reformata

Le protestantisme ne se veut pas un ensemble doctrinal, mais une attitude commune de pensée et de vie, qui est fidélité à l’Évangile.

En même temps qu’il réalisait une extension mondiale, le protestantisme s’interrogeait sur son morcellement. Des sortes d’internationales protestantes, lieux de rencontre et d’action commune entre des protestants de divers pays, se sont constituées. Elles sont confessionnelles (Alliance réformée mondiale, 1875 ; Alliance baptiste mondiale, 1905) ou interconfessionnelles (Alliance évangélique universelle, 1846 ; Unions chrétiennes de jeunes gens – les YMCA ou YWCA anglo-saxonnes –, 1844 ; Fédération universelle des étudiants chrétiens, 1895, etc.). Par ailleurs, en 1910, une conférence mondiale des missions (protestantes) se tient à Édimbourg et elle aboutit à la création d’un Conseil international des missions.

La prise de conscience de l’ampleur du « monde non chrétien » et les défis entraînés par la sécularisation, voire la laïcisation, des sociétés occidentales favorisent, chez certains protestants, le dialogue et le rapprochement entre toutes les Églises chrétiennes. Des autorités protestantes prennent des contacts en ce sens, mais elles se heurtent à un refus poli du Vatican (1914), qui se transformera, en 1928, en une condamnation de leur entreprise. Les Églises orthodoxes se montrent plus réceptives, mais l’instauration du régime soviétique en Russie limite les contacts.

Deux mouvements œcuméniques regroupent, dans l’entre-deux-guerres, des Églises protestantes et quelques Églises orthodoxes. Le Mouvement du christianisme pratique, créé à Stockholm en 1925, veut unir les chrétiens et démontrer la validité du christianisme dans la lutte pour une société plus pacifique et plus égalitaire. Le mouvement Foi et Constitution, fondé à Lausanne en 1927, se préoccupe d’un rapprochement doctrinal et des questions de structures ecclésiastiques. Durant la Seconde Guerre mondiale, ces deux mouvements aident les protestants qui résistent au nazisme ou en sont les victimes. En 1948, ils fusionnent lors de l’assemblée constitutive du Conseil œcuménique des Églises (Amsterdam).

En 1961 (Assemblée de New Delhi), l’orthodoxie russe et celle des pays de l’Est rejoignent le Conseil œcuménique, qui comprend aussi désormais les Églises du tiers-monde issues des missions protestantes. Le concile Vatican II reconnaît le caractère chrétien du protestantisme et encourage le dialogue œcuménique.

Facteur important de l’émergence de la modernité occidentale, le protestantisme s’insère aujourd’hui dans un nouvel universalisme pluriculturel et évolue de façon diversifiée suivant les contextes géographique, culturel et confessionnel.

 

Le culte et les rites

Compte tenu des trois grands principes du protestantisme – Dieu seul, l’Écriture seule et la grâce seule –, le culte n’occupe pas une position centrale. Au nom du sacerdoce universel des croyants, les protestants ne partagent pas la conception catholique de la prêtrise selon laquelle le fidèle a nécessairement besoin de la médiation du prêtre pour accéder au salut.

Sainte Cène dans une église luthérienne

Mariage protestant en Alsace

Les luthériens et les calvinistes ne reconnaissent que les deux sacrements qui ont été institués par Jésus : le baptême et la Cène. Mais, tandis que les luthériens donnent une importance égale aux sacrements et à la prédication, les calvinistes ont tendance à valoriser davantage la prédication. Si, à propos du sacrement de la Cène, luthériens et calvinistes sont d’accord pour refuser la doctrine catholique de la transsubstantiation (transformation de la substance du pain et du vin en corps et en sang du Christ lors de leur consécration), leurs conceptions divergent néanmoins. Les luthériens professent la consubstantiation (présence concomitante, dans le pain et le vin de la Cène, du corps et du sang du Christ), alors que les calvinistes considèrent qu’il y a, non pas transformation des éléments matériels, mais présence réelle du Christ par le Saint-Esprit.

À côté des deux sacrements, les protestants admettent quelques rites : la confirmation, le mariage et les funérailles. Le protestantisme met enfin l’accent sur la sobriété du culte : simplicité des vêtements du pasteur, dépouillement des lieux de culte (car l’art ne saurait être un moyen d’élévation), pureté des chants.

 

Le clergé et les institutions

La Réforme protestante a institué un type particulier de clerc : le pasteur. Celui-ci n’a qu’un rôle fonctionnel et n’est pas essentiel à l’être de l’Église qui est attestée, non dans une hiérarchie ecclésiastique, mais dans l’assemblée des croyants. De plus, l’ordination ne lui confère pas un pouvoir exclusif, puisque des laïcs peuvent être autorisés à prêcher et à administrer des sacrements. Le pasteur est donc surtout quelqu’un qui, par sa formation, est particulièrement habilité à instruire et à édifier les fidèles. Les femmes peuvent accéder au ministère pastoral, et il n’existe aucune objection à ce que les pasteurs se marient. Quant à la hiérarchie qui existe au sein du corps pastoral, elle n’a qu’une portée fonctionnelle, car tous les pasteurs sont égaux en droit.

La base des Églises protestantes est la paroisse, dirigée par un conseil presbytéral composé du pasteur et de laïcs ; il s’occupe de la gestion de la paroisse et de diverses activités, y compris spirituelles. Les paroisses sont regroupées en districts, régis par un consistoire, et en régions, dirigées par un synode ; celui-ci, composé d’autant de laïcs que de pasteurs, est réuni tous les ans et envoie des délégués au synode national, l’instance décisionnelle de chaque Église. Dans de nombreux pays, Églises luthériennes et Églises calvinistes sont rassemblées, avec d’autres Églises protestantes, dans une Fédération protestante interdénominationnelle.

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Principales périodes de l’histoire protestante

Source: site de la Fédération Protestante de France

1520 – 1598 / Édit de Nantes – L’essor conflictuel

Favorisées par le climat de liberté intellectuelle de la Renaissance, les idées de Luther et de Zwingli pénètrent en France ; le Noyonnais Jean Calvin (1509-1564) les approfondit et en propose un exposé systématique dans  » l’Institution de la Religion Chrétienne  » (1536). Exilé à Genève, il accompagne le développement des Églises réformées qui rassemblent à leur apogée 15 à 20 % des Français. Les Guerres de Religion (1562-1598) opposent les catholiques et les protestants dans des affrontements sanglants (massacres de la Saint-Barthélémy en 1572). Malgré la victoire du chef protestant Henri de Navarre – le futur Henri IV – le courant réformé est amoindri et restera très minoritaire.

1598 – 1685 / Révocation – Le statu quo menaçant

L’Édit de Nantes promulgué par Henri IV (converti au catholicisme) est un compromis garantissant à la minorité protestante des droits politiques et militaires, tout en la privant de toute possibilité d’expansion religieuse. Les rois Louis XIII et surtout Louis XIV entameront les libertés protestantes, avant de déclencher de féroces persécutions ( » les dragonnades « ) : les protestants abjurent en masse et Louis XIV en tire prétexte pour révoquer l’Édit de Nantes (1685).

1685 –1787 /Édit de tolérance-La clandestinité persécutée

C’est la période la plus sombre du protestantisme français : le culte est interdit, les temples rasés, les pasteurs emprisonnés ou exécutés. 200 000 protestants choisissent l’exil dans les pays voisins (Europe du Refuge) ; dans les Cévennes, la révolte des Camisards est une aventure héroïque sans lendemain. Entre soumission apparente et clandestinité ( » culte au Désert  » ), une poignée de fidèles maintiennent la flamme du protestantisme. Progressivement, l’influence des idées des Lumières atténue les persécutions :  » toléré  » administrativement en 1787, le protestantisme français ne retrouve sa liberté qu’en 1789.

1787–1905/ L’existence reconnue mais surveillée

 » Les Articles Organiques  » de 1802 réorganisent les Églises réformées et luthériennes (surtout en Alsace et au Pays de Montbéliard). Bien réinsérés dans la société française, les notables protestants participent activement à son développement économique et social ; plus à la base, un mouvement de Réveil spirituel ranime et reévangélise mais les divisions entre  » orthodoxes  » (restés strictement fidèles aux Réformateurs) et  » libéraux  » (plus modernistes) séparent les Églises.

Depuis 1905 / Une famille spirituelle comme les autres

Acquis de longue date aux principes de la laïcité, le protestantisme accepte la Séparation des Églises et de l’État (1905) et s’organise au sein de la Fédération Protestante de France. Les familles réformées s’unissent presque toutes en 1938 autour d’une Déclaration de Foi commune, constitutive de l’Église Réformée de France.

L’Église évangélique luthérienne de France (EELF) est principalement implantée dans le pays de Montbéliard et à Paris. Dans le Pays de Montbéliard, le protestantisme est depuis l’origine luthérien d’identité et réformé de théologie ; son histoire l’a lié au Duché de Würtemberg. À Paris, l’Église luthérienne est issue des assemblées qui se réunissaient dans des ambassades de pays luthériens dès le XVIIe siècle et s’est beaucoup renforcée avec les réfugiés alsaciens de 1870. Un processus d’union qualifié d’« historique ».

Historiquement, luthériens et réformés se sont principalement opposés sur la compréhension de la sainte cène (= repas du Seigneur, eucharistie). Ils se sont aussi distingués sur le rapport à l’autorité politique, l’articulation de l’éthique et de la foi, la liturgie, etc.

Des efforts d’unité ont été menés depuis 1529. L’évolution décisive est venue au XXe siècle, avec le mouvement œcuménique. Né en 1910 à l’occasion de la conférence missionnaire d’Édimbourg, ce mouvement a pris son ampleur avec la fondation du Conseil œcuménique des Églises (1948), puis le dialogue interconfessionnel rendu possible par le concile Vatican II (1962). Sur le plan luthéro-réformé, la déclaration de Barmen (1934) dénonçant théologiquement le nazisme et la Concorde de Leuenberg (1973), accord liant des dizaines d’Églises protestantes en Europe, ont été des étapes marquantes vers l’unité.

Pour les protestants luthéro-réformés, cette unité est comprise comme une « diversité réconciliée » : dès lors que le consensus est acquis sur ce qui est au cœur de l’Évangile et de la vie de l’Église (l’amour inconditionnel et libérateur de Dieu est premier, les chrétiens sont appelés à en témoigner en Église), toutes les diversités sont positivement reçues. L’union n’est donc ni l’uniformité, ni la fusion-absorption.