Un point essentiel du Protestantisme

Le dimanche 25 octobre 2015, par le Pasteur Béatrice Hollard-Beau

Amis frères et sœurs, nous voici en ce culte de la Réformation avec un texte de l’Evangile de Matthieu, et jamais je ne m’étais aperçue à quel point Jésus était un Réformateur avant l’heure, aussi proche des préoccupations de nos Réformateurs (notamment Luther).

Jésus est à Jérusalem et va entrer dans sa passion, l’atmosphère est tendue pour lui, car il sait qu’il va quitter ses disciples et la relation qu’il vit avec les scribes et les pharisiens se dégrade de jour en jour ; Il n’a plus rien à perdre, alors il va enseigner les foules et les disciples en allant droit au but, à l’essentiel…

Jésus va leur dire les faits qu’il déplore et, ce qui est étonnant, c’est qu’ils correspondent pour certains, étrangement à 3 points essentiels qui ont contribué à la Réforme.

Cela peut nous faire réfléchir au protestantisme et à ce qu’il implique pour nous.

1er point, au début du récit, Jésus va protester contre les scribes et les pharisiens; il s’agit de la classe dirigeante de la synagogue. Jésus se plaint de leurs pratiques de religiosité qui empêchent d’accéder à Dieu parce qu’elles accablent les fidèles. Jésus dit: Ils lient de pesants fardeaux et les mettent sur les hommes, alors qu’eux-mêmes se refusent de les porter.

Cela fait penser au moment de la Réforme à la pénitence et à la confession des péchés, qui représentaient pour les fidèles de véritables fardeaux : en effet selon la doctrine catholique en vigueur, le péché était effacé par le sacrement du pardon (la confession).

Mais aucun sacrement n’effaçait la peine temporelle due au péché (qui se traduit par un passage par le purgatoire), si elle n’était pas d’abord purgée sur terre par des actes de foi et de charité (appelé l’acte de réparation). Cette peine temporelle pouvait être atténuée voire effacée par l’indulgence partielle ou plénière. Cette réparation, était souvent accablante et un véritable fardeau pour le fidèle ; Luther proclama la mort des indulgences car la mort de Jésus rachète le péché des hommes. Il écrit :

« Je ne blâme pas tant les grandes clameurs des prédicateurs de l’indulgence, mais le faux sens adopté par le pauvre, simple et grossier peuple, Cela me fait mal et me rend malade. Ils croient que les âmes seront tirées du purgatoire dès qu’ils auront mis l’argent dans les coffres. À tout chrétien repentant, la rémission plénière de la pénitence et même du péché est DUE (Christ) sans lettre d’indulgence. Il faut l’enseigner aux chrétiens, que celui-là s’attire non les indulgences du pape, mais l’indignation de Dieu. » Pas d’IDOLE d’indulgence : tous sont pardonnés en Christ par sa Grâce. Point essentiel de la réforme.

2e point : alors en dehors de ce fardeau de la pénitence, il y a un 2ème refus cité par Jésus : il concerne l’attitude des pharisiens : ils aiment occuper les première places dans les diners et les synagogues, être salués sur les places publique et à s’entendre appeler maitre par les hommes.

Là aussi : on peut avoir à l’esprit ces reproches de Luther qui déplorait ‘les abus de l’Eglise’. Mais cela va plus loin que cela : ce n’est pas seulement l’attitude qui pose problème, mais le fait qu’elle opérait une vraie SEPARATION entre le magistère de l’Eglise, et le commun des croyants : par ex. certains avaient droit à la coupe et d’autres pas, la coupe aux laïcs !disait Luther.

L’affirmation du sacerdoce universel, que Luther va développer à partir de la 1ère épitre de Pierre va mettre en égalité tous les croyants et baptisés entre eux.

Pas d’idole du magistère ! Tous ont accès au Christ qui sauve tous. Luther écrit :

« On a inventé que le Pape, les Evêques, les prêtres, seraient appelés état ecclésiastique, et les Princes, les Seigneurs, les artisans et les paysans l’état laïque, ce qui est certes une fine subtilité et une belle hypocrisie. Mais personne ne doit se laisser intimider par cette distinction, pour cette bonne raison que tous les Chrétiens appartiennent vraiment à l’état ecclésiastique, il n’existe entre eux aucune différence, si ce n’est celle de la fonction, comme le montre Paul en disant (I Cor. 12 ss) que nous sommes tous un seul corps, mais que chaque membre a sa fonction propre, par laquelle il sert les autres, ce qui provient de ce que nous avons un même baptême, un même Evangile. Point essentiel de la réforme.

3e point : enfin, il y a un dernier point que relève Jésus, qui englobe le tout, et central aussi pour la Réforme et sur lequel j’aimerais attirer votre attention : n’appelez personne sur la terre « votre Père », car vous n’en avez qu’un seul, le Père céleste. Le seul Père est le Père.

Pas d’IDOLE, seul le Père est le Père : C’est ce recentrage radical sur Dieu, que déclare aussi Jésus qui fait la Réforme. ‘Soli Deo Gloria’, englobe tout ce qu’on vient de voir. Il est étonnant qu’il fût exprimé par Christ aussi.

Alors oui, PAS d’IDOLE, Luther écrit : « Dieu est le seul qu’il faut adorer et prier. Comment puis-je avoir un Dieu miséricordieux, Toute sa vie trouver Dieu qui vous sauve et en Christ.

C’est l’essentiel de la Réforme : pas d’idole. Se recentrer sur Dieu qui seul sauve et tous .Il est le SEUL maître qui guérit et sauve. N’appelez personne maitre, si ce n’est Dieu. Christ est sa Révélation, révélé en l’Ecriture, en la Parole par l’Esprit.

Alors, en ce jour de fête de la Réformation qui remémore ce 31 octobre 1517, où les 95 thèses sont affichées par Luther (controverse à propos des indulgences), il faut se remémorer l’essentiel : pas d’idole, Dieu le Père est le maître et sauve cet état ecclésiastique que nous formons, dans le sacerdoce universel des baptises, de fidèles, en Christ qui est le seul Saint.

Alors aujourd’hui, on croit qu’être protestant, c’est protester. C’est faux ! Tout le monde proteste.

On croit aussi qu’être protestant, c’est s’engager pour des œuvres. Pourquoi pas ! Il y a bien sûr des œuvres, d’évangélisation, des œuvres caritatives fondées par des protestants, et bien ancrées dans le protestantisme. Mais comme le dit Luther, les œuvres peuvent être aussi une idole. Mais si l’on s’engage comme le dit John Bost, le créateur de la fondation éponyme, « au nom de mon maître », au nom de Dieu qui sauve, au nom d’une égalité où tout homme doit être sauvé et aidé, alors là, on est dans un démarche protestante (principe protestant de P. Tillich), quand Dieu est le premier dans l’engagement.

Le protestantisme est vraiment, et a été au départ ce recentrage sur Dieu où Christ seul est saint et sauve tous. Soli deo gloria. Pas d’IDOLE. Cela conduit bien sûr à un certain rapport à l’homme, une certaine ouverture, un sens du dialogue, de la dialectique, un engagement, une tolérance, car tous sommes égaux et unis, pécheurs, avec un seul maître.

Au nom du maître seul, le protestantisme relativise ainsi tout pouvoir, toute idole, toute idées de homme considérée définitive au-dessus des autres, car elle devient une idole si elle n’est pas débattue et remise en cause, avec l’autorité de l’Esprit. Le protestantisme relativise les doctrines, les institutions (fabriquées par l’homme) au nom de seul Dieu qui crée. Il fait la différence entre ce qui est « de Dieu », et ce qui est fabriqué par l’homme, même les sujets et décisions de synode peuvent être remises à l’ordre du jour quelques années après. Semper reformanda. Pas d’idole !

Le protestantisme est attentif aussi à ne pas se faire d’idole de soi-même non plus. Ne pas rester enfermé avec des idées arrêtées. Jésus le dit aussi après avoir dit Soli deo gloria, « ne vous faites pas appeler ‘docteurs’, et soyez humbles, le plus grand sera votre serviteur.

Le protestantisme met Dieu en premier et demande de se mettre sous le règne de l’obéissance de l’Esprit, sous le règne immédiat de Dieu, écouter et se transformer.

Alors je voudrais terminer en insistant sur le fait que les gens font souvent une erreur. Au nom du protestantisme, ils croient que ce qui fait le protestantisme, c’est une posture : une humilité, service à l’autre, avoir une certaine façon de se comporter, de se vêtir, une certaine sobriété ou une certaine éthique, même une politique, une musique, ne pas être catholique… C’est faux ! Ce qui est protestant, c’est ne pas se faire d’idole : la place de Dieu dans sa vie qui fait faire des choix et qui occasionne un lien aux autres, et à soi-même. Une liberté.

Il devrait se nourrir régulièrement de l’Ecriture et de là, tirer son éthique révisable.

Je serais favorable aussi à ce que les œuvres protestantes affichent des textes bibliques.

Le protestant est enfin quelqu’un qui marche dans confiance en Dieu, qui s’engage dans le monde auprès des hommes dont il fait partie, pas mieux que les autres, qui pense que tous sont dans une sorte d’égalité où seul Christ est à part et saint, et que tous méritent la vie par le Christ en sa grâce.

Dans tous les sujets d’actualité : la réflexion sur le climat, éthique, l’écologie, la question de l’écoute de Dieu doit être première, et doit déclencher une écoute singulière de l’homme. Mais là aussi, attention à l’écologie intégrale (humaine) remise au compte du protestantisme, aussi humaine soit-elle, il ne faut pas mettre l’homme en premier, mais en second après Dieu. PAS d’IDOLE, autrement ce n’est pas un principe « protestant ».

Dès que Dieu est placé en premier, on agit alors dans la confiance, en espérance, et dans la résistance aussi, avec liberté.

Alors, nous qui allons vers les 500 ans de la réforme 2017 : pas d’idole, de la CONFIANCE en Dieu bienveillant, de la confiance en l’autre et en soi, cela nous permettra de viser juste.

Cherchons à protester, c’est à dire à confesser le règne de Dieu en Jésus-Christ vivant, engageons-nous avec liberté pour l’homme au nom de Dieu, notre maître qui le premier s’est engagé et nous donne sa vie par grâce. Soli deo gloria !

 

Amen